Conseil métropolitain du 11 Mai 2015

des inflexions sur l’orientation d’aménagement et de développement durable

lundi 11 mai 2015
par  Pierre-Alain
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Le Plan Local d’Urbanisme et de l’Habitat devrait être l’objet d’un grand débat populaire sur l’avenir de l’agglomération Lyonnaise, mais pour la majorité de nos citoyens, cela reste un débat lointain et difficile. Ce "plan d’aménagement et de développement durable" pourrait être une bonne introduction aux choix sur lesquels se construit une vision de l’agglomération, encore faudrait-il éviter les effets de style consensuels qui finissent par masquer le contenu réel.

Permettez-moi de citer l’encart en page 5 sur la métropole de Lyon, je pense que vous l’avez lu avec sourire monsieur le président, je cite "la métropole apporte de nouvelles formes de gouvernance, parmi celles-ci, le rôle des communes est mis en avant"... Il faut l’oser ! Mais passons outre ce tellement politiquement correct qu’il en devient vraiment impoli pour le lecteur.

Revenons à l’intérêt du PADD pour les habitants.

Une fois mis de coté les discours commerciaux sur les atouts de la métropole dans la concurrence internationale, il faut redire le lourd poids de la crise autant dans la poursuite de la désindustrialisation, je ne citerai que le nouveau coup porté par Volvo contre l’industrie régionale du poids-lourd, que dans le désengagement privé dans la recherche avec SANOFI, et surtout les conséquences sociales de la crise, la pauvreté de masse, avec à chaque "réforme", le démontage de ce que certains appellent des amortisseurs sociaux et que les progressistes persistent à appeler des droits ! Des dizaines de milliers de licenciements dans les grands groupes avec quelques mesures d’accompagnement qui prendront vite fin, vont se transformer au fil des mois en fin de droit, RSA, faisant exploser la demande d’aide sociale.

Alors bien sûr, la vie Lyonnaise ne se résume pas à la crise ! A coté de la désindustrialisation, il y a aussi innovation, création. A coté de la grande pauvreté, il y a de la grande richesse, et aussi des habitants qui ont gardé des revenus corrects, même si aucune couche sociale n’est à l’abri. Oui, Lyon s’en sort mieux que d’autres, mais parce que dans la concurrence, les gros se portent toujours mieux que les petits. Cette métropolisation est cependant le pendant de la désertification rurale, dans l’abandon national de toute volonté d’aménagement du territoire. Cela a permis une époque de développement avec des financement de l’état stables et une dynamique économique mise à disposition de l’agglomération par la TPU. Cette période de vaches grasses est terminée, et celle qui s’ouvre sera sous le signe de l’austérité.

Il faut alors juger ce PADD sur ces deux priorités
- comment réindustrialiser notre économie ? avec les enjeux de création de valeur, donc d’emplois qualifiés, qui ne peuvent se limiter à l’économie numérique où de services !
- comment répondre aux besoins des habitants tels qu’ils sont, à la demande sociale qui marquera les besoins de solidarité, mais aussi de logements, d’éducation, et au total à ce qui fait qu’une société se tient, dans ses contradictions et ses divisions, qu’elle permet ce "vivre ensemble" qu’on évoque sans trop savoir ce que c’est, mais qui nous laisse stupéfait devant les violences qui nous rappellent que nous parlons de développement durable dans une société marquée par les guerres.

Ces deux enjeux sont essentiels pour les grands projets, le TOP, les grandes infrastructures de transport, l’ambition de sortir de la fracture urbaine du périphérique, les projets de quartiers gares pour une agglomération multi-polaire, les projets de renouvellement urbains, les réseaux de chaleur...

Cela nous conduit à commenter les 4 défis de l’orientation proposée :

- Pour nous, le défi métropolitain n’est pas d’abord l’attractivité de l’agglomération dans la concurrence, mais au contraire sa coopération dans sa région ! Le SCOT étudiait les interactions entre Lyon et St-Etienne, Roanne, Bourg... que ce PADD ne fait qu’évoquer quand il faudrait les approfondir : la filière bois qui rend dépendantes les forêts régionales et les chaufferies urbaines, le contournement fer et routier de Lyon, une densification métropolitaine favorable au développement des autres villes régionales, avec une ambition renouvelée sur le transport public régional, sans lesquels on n’agira pas contre l’étalement urbain. La multiplication des dénominations, SCOT, aire urbaine, pôle métropolitain, région urbaine, aire métropolitaine en souligne la difficulté, mais aussi la nécessité.

- Pour nous, le défi économique, c’est que la ville centre a perdu 30% de ses emplois industriels, tout en gagnant 14000 emplois. Cette désertification industrielle menace toute l’agglomération. Mais le "campus industriel" de la vallée de la chimie laisse dans l’ombre la question de la nature des productions, de leur finalité. Faire grandir les exigences de performance énergétique et environnementale, justement parce qu’on veut garder l’industrie en zone urbaine, ne suffit à pas à faire des stratégies industrielles des questions politiques publiques. Oui ou non, le groupe TOTAL a-t-il planifié à terme la fermeture de la raffinerie ? C’est une question centrale pour l’avenir de la vallée...

- Pour nous, le défi de la solidarité, c’est l’aggravation continue des inégalités dans l’agglomération ! Les taux de chômage par quartier, le pouvoir d’achat moyen sont révélateurs de ce qu’il faut appeler par son nom, une ségrégation spatiale. C’est l’évolution générale de notre société, mais des politiques affirmées du logement social n’ont pas renversé cette tendance. La situation des bidonvilles, sur les bordures du périphérique ou dans des friches industrielles, et plus généralement du mal logement, exige une réponse ambitieuse, avec l’état, pour sortir du cycle tacitement accepté des expulsions/réinstallations. Quand les loyers moyens ont augmentés de 57% depuis 2000 alors que le revenu moyen n’a augmenté que de 20%, il faut redire que la grande majorité des habitants sont éligibles au logement social, bien au-delà des seuils SRU ! Le nécessaire rattrapage des communes en dessous du seuil ne peut conduire à refuser de répondre aux milliers de demandes de logement ailleurs, notamment à l’Est !

- Enfin, le défi environnemental s’inscrit dans un certain consensus sur le changement climatique, la consommation énergétique, la biodiversité et la place de la nature en ville... Mais nous savons d’expérience qu’il se heurte vite à l’enjeu des droits humains et sociaux quand les logiques économiques et techniques conduisent à l’aggravation des inégalités. Les prix de l’énergie s’envolent avec la dérèglementation et les privatisations, et il faut alors des politiques sociales couteuses pour "compenser" les conséquences sur la précarité énergétique. Et nous n’avons pas de vrai bilan sur la consommation réelle des bâtiments "BBC" habités par des usagers qui ne sont pas ses concepteurs, et qui trouvent leur manière de vivre dans ces immeubles. Sur le fonds, il est urgent de dire stop à la hausse des prix de l’énergie, et de réaffirmer une politique publique pour un véritable droit à une énergie propre pour la qualité de l’air, dé-carbonée pour le changement climatique, accessible pour lutter contre les inégalités, et efficace pour une utilisation intelligente contribuant à l’équilibre demande-production.

En résumé, les objectifs généraux de ce plan sont souvent consensuels, et de très nombreuses propositions doivent être soutenues. Mais pour permettre une réelle appropriation par les citoyens, iil faut s’appuyer sur le bilan des dernières années, avec ce qui marche et ce qui est plus difficile, voire ce qui est en échec, et assumer un choix d’orientation en priorité au service des besoins sociaux de la grande majorité des habitants.

La métropole dans sa région, la place de l’industrie, le niveau de solidarité dans la guerre économique, la défense des droits environnementaux du plus grand nombre, sont ainsi 4 inflexions versées à ce débat d’orientation.


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